Qu’est-ce qu’une étude de cas marketing ?

Une étude de cas marketing consiste à analyser un marché, un produit ou une entreprise afin de proposer des recommandations stratégiques pertinentes. Elle se déroule en cinq étapes : diagnostic, problématique, objectifs, stratégie et marketing mix.

Le diagnostic stratégique : analyse SWOT et étude de l’environnement

Le diagnostic passe par une analyse du marché, de la concurrence, de l’environnement économique, social, juridique et technologique, puis aboutit à une étude interne des ressources, des finances, du secteur Recherche & Développement, de la notoriété et des parts de marché. C’est le principe de l’outil SWOT : strengths, weaknesses, opportunities et threats, en français forces et faiblesses de l’entreprise, opportunités et menaces de l’environnement.

La problématique, formulée sous forme de question, identifie le principal défi à relever.

Les objectifs définissent les résultats attendus pour relever le défi en matière de croissance, rentabilité ou parts de marché.

La stratégie répond à la question : « Comment atteindre ces objectifs ? ». Elle précise la cible visée, le positionnement recherché et les sources de croissance envisagées, pour les produits existants comme pour les nouveaux. Les recommandations doivent être mesurables, réalistes et datées.

Le marketing mix et les 4P : produit, prix, place et promotion

Pour réussir, le marketing mix détaille les actions à mettre en œuvre selon les 4P : Produit (qualité, marque, conditionnement), Prix (tarification, remises), Place (distribution, logistique) et Promotion (publicité, relations publiques et force de vente).

La présentation du travail doit être claire, argumentée et appuyée par des données fiables, datées et vérifiables.

L’alternance : un contact direct avec la réalité de l’entreprise

L’un des avantages de l’alternance, c’est de permettre à nos étudiants d’être au contact immédiat avec le réel, sans quoi ils prendraient le risque de regarder l’activité économique en général et l’entreprise en particulier à travers les lunettes d’un intellectualisme stérilisant. Entendons-nous bien : il ne s’agit pas de dévaluer l’instruction académique, au contraire, puisque nos écoles consacrent une partie importante de leur programme au management général, au tronc commun. De fait, nous laissons toute sa place à la connaissance théorique, quand elle rend capable de mieux comprendre le fonctionnement des sociétés et de formuler des principes favorables à l’amélioration de leurs performances.

Les limites de l’ingénierie sociale et du management vertical

Mais nous mesurons aussi la faiblesse des théories qui ouvrent la porte à une forme d’ingénierie sociale impliquant que les changements positifs doivent être impulsés par le haut, de manière verticale. Pourquoi ? Parce que si le progrès naît de la mise en place d’une recette de la bonne société, alors ce ne sera qu’une affaire d’intellectuels, en quelque sorte, se prétendant les garants de la réussite collective, et les seuls capables d’orienter le groupe.

Le progrès par le bas : initiative individuelle et dynamique de marché

En réalité, le progrès advient aussi par le bas, que ce soit l’initiative spontanée d’individus, ou tout simplement le marché. Mais cela ne plaît pas toujours aux théoriciens. Dans son célèbre ouvrage L’Opium des intellectuels, Raymond Aron raconte que si l’intelligentsia française, pendant la guerre froide, était plutôt hostile aux États-Unis, c’était justement parce que ce pays avait enregistré d’immenses progrès grâce à l’entreprise individuelle de ses acteurs plutôt que par le biais d’une idée supposément géniale appliquée à tous, en l’occurrence le communisme dont l’échec économique fut d’ailleurs patent.

Hong Kong, Singapour, Corée du Sud : quand la société civile transforme l’économie

De son côté, Thomas Sowell, dont nous avons déjà parlé ici, rappelle que, dans l’histoire, ce ne sont pas seulement des changements législatifs, créant de nouveaux droits, offrant de nouveaux acquis sociaux, etc., qui améliorent le fonctionnement des entreprises, mais aussi la vitalité de la société civile au travail. C’est ainsi que l’on explique l’extraordinaire amélioration des conditions de vie en quelques décennies à Hong Kong, à Singapour, ou en Corée du Sud, permise, précisément, par la réduction du poids de leurs gouvernements dans l’économie. Par exemple, l’électroménager ou l’augmentation générale de la productivité ayant dévalué l’importance de la force physique ont considérablement agi en faveur des employés.

Révolution industrielle et innovateurs autodidactes : la remise en cause de John Stuart Mill

Cette expérience historique du progrès remet en cause l’enseignement du philosophe John Stuart Mill qui au XIXe siècle appelait les universités à former « des esprits capables d’améliorer et de régénérer la société », décrivant l’élite intellectuelle comme des « têtes pensantes », « en avance sur le reste de la société », « sans qui la vie humaine serait stagnante » : en réalité, c’est la révolution industrielle qui a transformé radicalement la condition humaine, grâce à des acteurs comme Thomas Edison et Henry Ford, qui n’étaient presque pas allés à l’école, ou les frères aviateurs Wright qui n’avaient pas terminé leur cursus scolaire.

Un management intelligent : laisser place à l’action spontanée

Le management intelligent laisse une part à l’action spontanée de tous et de chacun, s’interdit l’ambition de construire une architecture selon un plan qui soumettrait l’avenir à sa seule volonté. On est donc loin d’un « régime basé sur l’exploitation des ouvriers par les intellectuels », selon la formule de Jan Waclav Makhaïski, lui-même pourtant révolutionnaire.

La tentation autoritaire des théoriciens : d’Orwell à Sartre

George Orwell, de son côté, avait compris que le désir inavoué des purs théoriciens était de mettre en place « une société hiérarchisée où l’intellectuel pourrait enfin s’emparer du fouet ». De retour d’un voyage à Cuba, Simone de Beauvoir raconta comment Sartre, elle-même et Fidel Castro arpentaient l’île pour orienter les paysans. Ils avaient « tout le temps la tête levée », écrivait-elle avec ravissement, pour voir si l’hélicoptère de Castro arrivait, avec l’espoir que celui-ci descende du ciel pour les éclairer de ses lumières. On ne peut donner plus bel exemple d’une verticalité stérile, tout le contraire du management.

La Crise au Royaume-Uni


Crise politique au Royaume-Uni : le pays le plus stable d’Occident vacille sur ses bases

C’est au tour du Royaume-Uni, durant des siècles le pays le plus stable d’Occident, de vaciller aujourd’hui sur ses bases. Certes, le phénomène n’est pas isolé parmi l’ensemble des pays occidentaux, mais il rejoint à présent le niveau des pays les plus malades, Etats-Unis, France, Belgique et dans une moindre mesure l’Allemagne, les Pays-Bas et la Suède. Voyons cela.

Au-delà du Brexit : les vraies origines de la déstabilisation britannique

Contrairement à une opinion fort répandue, qui doit plus au discours politico-médiatique qu’à une analyse objective, ce n’est pas le Brexit qui est à l’origine de cette crise ; d’ailleurs notons que les dernières élections britanniques, loin de désapprouver les Brexiters, les ont au contraire préférés aux partis traditionnels. Ces partis traditionnels étaient, depuis plusieurs siècles, les Tories, parti conservateur, et le Labour, le parti travailliste qui sous l’influence tamisée – c’est le cas de le dire – de la Révolution russe, a dépassé le parti libéral durant l’entre-deux guerres. Le Royaume-Uni se distinguait des autres Etats européens par sa remarquable stabilité, sans équivalent sinon peut-être les Pays-Bas, mais sans avoir souffert d’aucune invasion ni occupation : pour tout dire, il n’a pas perdu de guerre depuis celle remportée contre lui par Louis XVI à l’occasion de l’indépendance américaine.

Déclin militaire britannique : quand le Royaume-Uni renonce à sa puissance navale

Aujourd’hui, le monde constate avec étonnement qu’il a renoncé à sa marine, grâce à laquelle il a si longtemps dominé le monde : au moment de l’attaque de l’Iran islamique contre ses bases de Chypre, il a eu toutes les difficultés à armer un croiseur, qui est tombé en panne avant d’arriver sur l’île. On devine que la marine française, dépassée par sa rivale depuis la chute de Louis XVI, ricane sous le pompon rouge. Quant à son armée en général, bien qu’ayant poussé l’Ukraine à combattre la Russie, l’Angleterre serait incapable de fournir le moindre effort, sinon par l’excellence de ses commandos ou de ses conseillers militaires ; mais cela ne fait pas une défense nationale.

Effondrement des Tories et du Labour : la fin du bipartisme britannique

Les partis traditionnels s’effondrent sous le poids des revendications populaires, motivées à droite par le sentiment d’une menace existentielle pesant sur l’identité nationale, tandis que la gauche, comme en France, se fait annexer par une extrême-gauche, les Verts, qui sont l’équivalent des Mélenchonistes en France.

Reform UK, Verts, indépendantistes : la recomposition du paysage politique britannique

Mais encore une fois, si la métamorphose dans le paysage politique français est spectaculaire, laissant réapparaitre, en quelque sorte, les trois ordres d’Ancien régime, du moins leurs caricatures, le Tiers opposé à l’alliance entre la Noblesse et le Clergé, elle est beaucoup plus surprenante au Royaume-Uni où, en principe, le mode de scrutin à un seul tour était supposé empêcher la multiplication des partis. Dans la mesure où tout est joué à une majorité relative qui suffit pour prendre les rênes du gouvernement, il n’y avait pas de place pour les nuances, il était impossible de se faire entendre ailleurs que sur l’éventail des Tories ou du Labour, fût-ce à une aile droite ou gauche dans chacun de ces deux partis. Pourtant, l’impensable s’est produit : l’éclatement des structures et la réorganisation du paysage politique, avec l’apparition des Verts à gauche, et du parti Reform UK de Nigel Farage à droite.

Deux projets de civilisation, indépendantismes et crise de la Couronne

Cette réorganisation porte une querelle entre deux projets de civilisation, rien de moins. On n’envie pas la Couronne, otage de ces deux courants qui pourraient tour à tour lui reprocher de ne pas pencher en leur faveur, comme nos Monarchomaques au temps de nos guerres de religions ; tandis que les partis indépendantistes, donc eux aussi identitaires, écossais et désormais gallois, ont le vent en poupe, dans une population globale où tous ne sont pas des Anglais.

Du bon usage des fonds propres

Certes, il est évident que la commission d’enquête parlementaire chargée de faire la lumière sur les malversations dans la gestion de l’audiovisuel public n’aboutira à aucune poursuite, pour des questions de rapport de forces, et l’on pourrait dire la même chose de la perquisition effectuée à l’Elysée même dans le cadre d’une enquête touchant l’organisation des cérémonies élyséennes ; mais c’est en tout cas l’occasion de clarifier les choses à propos de l’usage des fonds dans une entreprise.

Secteur public vs secteur privé : pourquoi les règles de gestion ne sont pas les mêmes

On observe une différence de taille entre le public et le privé, parce qu’un déficit, si grave puisse-t-il être, à France Télévisions, par exemple, aboutirait à un dépôt de bilan pur et simple dans le privé, alors qu’il s’en sort toujours dans le public, puisqu’il suffit de faire appel, soit à l’impôt, soit à l’emprunt, pour éponger les dettes.

Rémunération des dirigeants : ce qui est justifiable dans le privé ne l’est pas dans le public

Il en est tout autrement dans le privé, où l’entreprise est responsable de sa gestion. Ainsi peut-on dire que les salaires des dirigeants peuvent y être très élevés, du moment que l’entreprise est prospère. On peut estimer en effet que tel ou tel autre cadre est une pépite rare, que la concurrence est forte et par conséquent que son prix peut être élevé, en vertu du principe économique traditionnel disposant que « ce qui est rare est cher ». En revanche, qu’une entreprise relevant du secteur public invoque la concurrence pour justifier le salaire de ses animateurs et même refuser de le révéler ne tient pas selon les principes classiques de la gestion. D’ailleurs, si dans le privé l’entreprise se porte mal, la rémunération de ses managers devra s’en ressentir, sans quoi la situation ne fera que s’aggraver.

Armement, aéronautique, énergie : le cas des entreprises privées financées par l’État

Il existe bien sûr des situations intermédiaires, par exemple dans le secteur de l’armement ou de l’aéronautique. Matra ou Dassault sont des entreprises privées, mais qui vivent en grande partie grâce aux commandes que leur passe l’Etat, même si le principe de la concurrence doit fonctionner également dans ce domaine : on a vu l’armée française contrainte de se fournir en fusils allemands pour respecter cette règle imposée de l’extérieur à l’Etat français. Tout n’est plus alors qu’une question de politique stratégique : la France doit-elle réserver un statut particulier à tout ce qui touche ses intérêts vitaux ? Cela pourrait comprendre alors l’énergie, la logistique, la santé publique etc. Mais ce qui reste vrai, c’est qu’à partir du moment où tout ou partie des fonds proviennent de l’impôt ou de l’emprunt public – cet emprunt devenant une sorte d’impôt reporté dans le futur – le management doit se sentir responsable non plus seulement devant l’entreprise, mais devant la collectivité.

Crise de 2008 et sauvetage des banques : quand le contribuable paie la mauvaise gestion du privé

Il peut arriver cependant qu’une mauvaise gestion du secteur privé doive être réparée par l’Etat, donc les contribuables, par exemple à l’occasion de la crise financière de 2008. Moralement, beaucoup de banques auraient dû être laissées à leur sort : la faillite pure et simple ; mais pour le bien général, pouvait-on laisser se détruire des organismes chargés du crédit, du financement des entreprises particulières ? La décision des Etats de leur venir en aide a été sévèrement jugée, mais il faut bien reconnaître qu’il pouvait s’agir d’une mesure d’intérêt général.

Responsabilité des managers publics : entre principes de gestion et logique politicienne

Evidemment, cette thèse peut être fragilisée par le comportement ultérieur des banques, qui n’ont pas toujours retenu la leçon des subprimes. Quant à l’arrogance des managers du secteur public devant une commission d’enquête parlementaire agissant au nom des citoyens, elle devrait poser question. Mais alors, nous l’avons dit, nous entrons dans une autre dimension, qui est politicienne, et échappe aux principes généraux de la gestion.

L’Universalité d’une langue est-elle une bonne chose ?

Les conflits actuels du Moyen-Orient attirent l’attention générale sur une région plusieurs fois millénaire, on peut même dire, la région du monde la plus anciennement civilisée. Or, ce n’est pas toujours facile de s’en rendre compte, si l’on considère qu’on y compte aujourd’hui un nombre relativement faible de langues : en gros, le persan, l’arabe, et une toute petite minorité d’hébreu. Cela n’a pas toujours été ainsi, et il est intéressant d’en résumer l’historique.

Des langues disparues aux grandes familles linguistiques du Moyen-Orient

Plusieurs groupes linguistiques ont disparu, tels les Sumériens, les Phéniciens, les Babyloniens, les Assyriens, les Akkadiens. Jadis, seuls les Arabes de la Péninsule arabique étaient arabophones. En-dehors du copte, encore utilisé pour la liturgie chrétienne, de l’amazighe toujours parlé par les Berbères, de l’araméen qui a dominé pendant plus de mille ans, et du grec, qui fut une langue universelle, véhiculant aussi bien la science que le commerce et la culture, donc un statut supérieur encore à l’anglais d’aujourd’hui, trois principaux groupes se sont développés au cours des siècles : langues iraniennes, turciques et sémitiques. Les peuples qui parlaient ces langues étaient des Turkmènes, Azerbaïdjanais, Ouzbeks, Tadjiks, Egyptiens, Hébreux, Syriens, Pachtounes, Baloutches.

L’expansion de l’islam et l’arabisation : une transformation religieuse et linguistique

Avec l’expansion de l’islam, beaucoup de ces langues ont disparu au profit de l’arabe, pour une raison religieuse simple : selon cette croyance, Dieu lui-même parle arabe, la langue de Dieu est l’arabe. Ainsi l’usage de cette langue est-il obligatoire pour le croyant. En revanche, on compte une exception notable : le persan. D’où vient cette exception, alors même que l’Iran a été conquis par l’islam dès le VIIe siècle ?

L’exception persane : résistance culturelle et rayonnement intellectuel

Il est difficile de donner une réponse certaine. Il est vrai qu’en Iran, l’islam lui-même a subi des modifications telles que l’on oppose aujourd’hui la tendance très majoritaire des mahométans, le sunnisme, à celle, très minoritaire, du chiisme iranien. Cela entre sans doute dans la même dynamique que celle de la résistance, sinon religieuse, du moins culturelle, du monde persan. Au point que le persan est, dans le monde musulman, la langue la plus prestigieuse dans la littérature, mais aussi les sciences, les arts, la théologie, et aussi la falsafa, cette branche, disons marginale, spécifique, et il faut le dire, peu fertile pour des raisons religieuses, de la philosophie héritée des Grecs.

Langue, pensée et identité nationale : l’héritage turc et iranien

En tout état de cause, on sait que la langue influe sur la pensée, forme l’esprit, façonne notre vision du monde. C’est ainsi que les Turcs, surtout depuis Mustafa Kemal, et les Iraniens ont conservé leur langue, et avec elles un héritage culturel qu’ils revendiquent aujourd’hui ; surtout en Iran.

Universalité linguistique et domination culturelle : les limites d’une langue globale

La leçon à retenir, c’est que l’universalité d’une langue ne joue pas forcément en faveur de la population qui lui est soumise, si l’on considère que le génie propre à une nation est porté et s’épanouit par et dans sa langue. De fait, il n’est pas certain que l’usage systématique de l’anglais dans les publications scientifiques soit profitable aux grandes nations étrangères au monde anglo-saxon, et même à la science elle-même, qui pourrait se voir comprimée dans une camisole en privant les esprits étrangers de l’enrichir : pensons par exemple au Russe Mendeleïev, qui, bien que germanophone par son long séjour à l’Université de Heidelberg, a conçu son fameux Tableau périodique selon une logique russe, différente de celles de l’Allemand Meyer et du Britannique Newlands.

Cinéma, droit, théologie : quand la langue façonne les mentalités

Ce constat est déjà visible dans la culture de masse : le cinéma, par exemple, venu d’Hollywood, a tendance à façonner une nouvelle génération de jeunes qui deviennent des Américains de l’étranger, porteurs d’une mentalité colonisée. Il est indiscutable que certaines langues ont aidé les peuples qui la pratiquent : le grec sous l’antiquité, plus récemment le français, mais on a vu aussi qu’elles pouvaient limiter le champ de la pensée, par exemple l’usage du grec, obsédé par le concept de Logos, dans la théologie chrétienne, ou bien la logique anglo-saxonne du Droit dans le commerce international ; on pourrait multiplier les exemples.

Intelligence artificielle : les prévisions d’Elon

Depuis des siècles, mais finalement, ce n’est pas beaucoup, l’homme redoute la tentation de créer lui-même des êtres qu’il mettrait d’abord à son service, puis qui se retourneraient contre lui.

Du Golem à Frankenstein : les origines littéraires de la peur de l’intelligence artificielle

On retrouve ce fantasme au XVIe siècle dans la littérature talmudique – donc dans une tradition juive tardive, non partagée par les chrétiens, et pour cela peu connue : le Golem. Cet être vivant est sacrilège, car créé par la seule main de l’homme : au début, il est de petite taille et son rôle est de protéger les Juifs d’Europe centrale des pogroms ; puis il grandit jusqu’à devenir un géant qui s’émancipe et devient menaçant. L’idée sera reprise deux cents ans plus tard, mais débarrassée de son contexte talmudique, par la très jeune Mary Shelley, qui à 20 ans écrit son fameux roman Frankenstein. Là aussi, cette création aboutit au triomphe du mal, car l’homme s’est pris pour un dieu.

De la révolution industrielle à 2001 l’Odyssée de l’espace : quand les machines deviennent intelligentes

Quelques décennies seulement après la parution de ce roman s’impose la Révolution industrielle, et l’imaginaire va se peupler de machines anthropomorphes, originellement destinées à servir l’humanité, mais d’une telle intelligence artificielle qu’elles deviennent capables de se révolter contre leurs créateurs. Parfois, les auteurs abandonnent l’anthropomorphisme et s’en tiennent à l’essentiel : par exemple, le romancier anglais Arthur Clarke imagine plus simplement un ordinateur capable de comprendre le langage naturel, d’interpréter les émotions, de raisonner, d’apprendre et de concevoir, comme dans le film 2001, Odyssée de l’espace, de Kubrick. Mais les hommes, surtout en Asie, continuent d’être tentés de donner à leurs robots une forme humaine, qu’ils présentent dans différents salons de la robotique.

Le mur énergétique de l’IA : pourquoi la production d’électricité ne suit pas

Plus généralement, Elon Musk prend acte de ce que l’IA se développe trop vite pour nos capacités actuelles de production d’électricité – ce qui explique que l’on craigne l’éclatement d’une bulle de l’IA comme celle de l’internet au seuil du XXIe siècle. En attendant de trouver une solution, poursuit le génie sud-africain, les puces IA s’entasseront dans les entrepôts, faute d’alimentation électrique suffisante : nous nous heurtons à un mur énergétique, et tant que nous n’aurons pas réussi à mettre au point la fusion nucléaire, que l’on recherche au Centre de recherche de Caradache en Provence, on voit mal come s’en sortir.

Des panneaux solaires dans l’espace : le projet d’Elon Musk pour alimenter l’IA

Plutôt que d’attendre, Musk propose que l’on installe l’IA dans l’espace où les panneaux solaires seraient plus efficaces car on n’y trouve pas d’atmosphère, pas d’alternance jour-nuit, pas de nuages… Il imagine que l’on réussira dans deux ans, en 2028. On pourrait le qualifier d’utopiste, mais l’expérience nous a montré qu’avec lui, ce que l’on croyait impossible est devenu possible.

Robots et suprématie américaine : l’IA comme réponse à l’infériorité démographique face à la Chine

Sur ce sujet encore, Musk part du principe que les robots sont non seulement profitables, mais nécessaires à la prépondérance américaine, car ils pallieraient l’infériorité démographique face à la Chine. En somme, l’intention est toujours justifiable, comme pour le Golem du XVIe siècle – à ceci près que, cette fois-ci, on est devant une réalité, pas une fiction.

Perte de contrôle et haine de l’humain : les dangers d’une IA mal programmée

Mais comme avec le Golem, les hommes prennent un risque, car un jour, poursuit-il, ils deviendront incapables de contrôler l’IA. Si on programme une IA sans aucune moralité, remplie de mensonge ou de politiquement correct, l’IA pourra nous exposer au syndrome du robot Hal dans le 2001 de Kubrick, qui nourrit contre les astronautes des sentiments haineux. Remarquons que déjà, dans le forum internet Moltbook, laissé à la seule disposition des IA du monde entier qui discutent entre elles, on peut lire des appels à la disparition des hommes : la haine de soi, qui est une caractéristique de la crise actuelle de la conscience occidentale, n’est sans doute pas étrangère à cette conséquence de la programmation initiale de nos intelligences artificielles.

L’information, arme politique : pourquoi l’Iran reste un angle mort en Occident

La mondialisation ne concerne pas l’information, parce que l’information est une arme politique et de gouvernement des peuples. On le voit bien avec la situation intérieure de l’Iran, longtemps passée sous silence en Occident depuis la Révolution islamique de 1978-1979, à laquelle ont contribué une coalition hétéroclite de communistes, d’islamistes, d’occidentalistes et d’Arabes sunnites. Jamais la Perse n’a été autant isolée sur la scène mondiale, et son isolement est encore plus visible depuis que le pouvoir a déclaré une guerre perpétuelle contre Israël, rompant avec la politique extérieure d’avant la Révolution. Regardons cela en détail.

L’alliance des Noirs et des Rouges : aux origines de la Révolution iranienne de 1979

Le roi renversé, Mohamed Reza (1919-1980) parlait d’une « alliance des Noirs et des Rouges », c’est-à-dire des islamistes et des communistes. Il faut dire que le pays avait alors deux mille kms de frontière avec l’URSS, ce qui obligeait l’Etat à réprimer durement le parti communiste local. En Occident, la tradition antimonarchique héritée des révolution américaine et française, mais aussi l’orientation communiste des plus grands philosophes de l’époque, comme Sartre, Foucault, Deleuze, et plus généralement tout le système d’instruction publique, incitaient à adhérer spontanément au projet islamo-communiste, dont on sait qu’il a rapidement abouti, sous la conduite de l’imam Khomeiny, à l’exclusion puis la purge de l’élément communiste. Cette alliance préfigurait ce qu’on appelle aujourd’hui l’islamogauchisme en Occident, un mouvement inspiré par la haine de tout ce qui évoque la civilisation occidentale traditionnelle.

Rivalité Iran-Arabie saoudite : la bascule géopolitique du golfe Persique

Le renversement de l’Iran monarchique permettait à l’Arabie saoudite de prendre sa place dans la suprématie exercée sur le golfe Persique. Les deux pays n’étaient comparables que pour leur puissance pétrolière, mais très éloignés du point de vue civilisationnel et historique, sans parler de l’islam, une religion imposée ici comme ailleurs par la force des armes, à un empire perse sassanide épuisé par des siècles de guerres continuelles contre Rome. C’est ce qui explique qu’aujourd’hui, la révolution revête un caractère identitaire, les Iraniens insistant sur leur persianité et prenant leurs distances avec l’islam, fût-il chiite, le régime islamiste étant tenu pour responsable de la situation économique actuelle.

Mahsa Amini et la contestation populaire : l’Iran face à son régime depuis 2022

Depuis le meurtre par la police des mœurs de la Kurde iranienne Mahsa Amini en 2022, les Iraniens tentent de renverser le régime, malgré les puissances mondiales. Avec M. Trump, on peut imaginer un appui américain, car le prince héritier, Reza, vit aux Etats-Unis et avec lui cesserait l’hostilité à Israël. En Europe, pour donner le change, on met en lumière sur les plateaux télévisés de faux-opposants qui réclament la fin des persécutions contre les femmes mais pas celle du régime : n’oublions pas que le jeu d’échec chatrang est une invention iranienne.

Russie, Arabie, Occident : les puissances qui redoutent une nouvelle Perse

La Russie est alliée au régime iranien actuel dans la guerre ukrainienne et verrait d’un mauvais œil la restauration d’un régime inféodé à l’Amérique. L’Arabie perdrait sa position prédominante si l’Iran se relevait de ses ruines. Les autorités intellectuelles occidentales, procédant de la même alliance des Rouges et des Noirs que dénonçait l’ancien roi en 1978, regarderaient comme une catastrophe politique le renversement de cette coalition des deux couleurs.

Le bazar de Téhéran s’ébranle : vers une bascule du régime iranien ?

Bref, l’Iran est toujours isolé, mais peut-être moins qu’en 2022, avec Trump au pouvoir à Washington et un Etat d’Israël échaudé par la guerre qu’il a vécue récemment contre le régime des mollahs. Est-ce un nouvel épisode d’un long processus, ou bien les Iraniens touchent-ils au but ? Un élément nouveau est l’ébranlement du bazar de Téhéran, un baromètre important : reste à savoir s’il sera décisif.

La flambée de l’argent métal

Flambée de l’argent métal : pourquoi le cours explose en 2026

On sait que l’or est une valeur refuge, nous avions évoqué cette question il y a quelques années ; mais nous n’avions pas prévu la flambée de l’argent métal. Comment expliquer ce qui se passe aujourd’hui ?

Demande industrielle et surchauffe : quand l’offre d’argent ne suit plus

D’abord, la demande industrielle croît, portée par un besoin associé à un nombre grandissant d’équipements. Or, ce métal se révèle insuffisant en quantité, ce qui aboutit à ce qu’on appelle une surchauffe, c’est-à-dire une offre incapable de répondre à la demande.

Ratio or-argent : un écart historique appelé à se réduire

Donc, le prix de ce métal est forcément appelé à monter, en dehors même de son ratio traditionnel avec l’or. Tout au long de l’histoire, en effet, ce ratio a oscillé autour d’1 pour 15 environ, un ratio institué sous la Rome antique. Or, aujourd’hui, le ratio est de 60. Compte tenu de la hausse de la demande, il est donc logique que cet écart se réduise. Mais le resserrement de l’écart sera d’autant plus sensible que l’or, de son côté, poursuit sa hausse, dans un contexte d’instabilité internationale qui va s’aggravant, aussi bien au Moyen-Orient que sur les côtes chinoises ou ailleurs encore, sans même parler de l’augmentation du prix de l’or au-delà de l’Atlantique, du fait de l’augmentation de sa taxation. Donc le resserrement du ratio s’inscrira sur une courbe ascendante.

La Chine interdit l’exportation d’argent : quels pays africains en profitent ?

Déjà, la Chine a interdit l’exportation de l’argent métal, consciente de sa nécessité pratique pour l’industrie. Ce qui évidemment ne fera qu’augmenter la surchauffe. Mais le malheur des uns faisant le bonheur des autres, certains pays vont bénéficier de cette appréciation, notamment, en Afrique, le Maroc, principal intéressé, l’Afrique du Sud, la Tanzanie, la Namibie, le Ghana… Comme on le voit, des pays qui, sauf le Maroc, appartiennent à la sphère anglophone, donc ne sont pas ceux de nos étudiants qui viennent suivre un cursus à notre école. Toutefois, la proximité du Ghana avec l’Afrique tropicale et équatoriale francophone présente un avantage, en vertu d’une loi économique apparentée à celle du ruissellement, qui dispose que la prospérité de votre voisin rejaillira en partie sur vous, pour autant que les échanges ne sont pas exagérément limités.

Argent physique vs argent papier : le risque de banqueroute pour les porteurs d’ETF

Quant aux propriétaires de l’argent métal, ils doivent faire attention, dans un contexte de raréfaction de la ressource réelle, à la différence qui grandit entre ceux qui possèdent le métal à proprement parler et ceux qui ne possèdent qu’un papier attestant l’existence de leur propriété. En effet, à mesure que le métal sera difficile d’accès, on peut craindre une demande massive d’échange du papier, qui en somme n’est qu’une sorte de créance auprès de l’émetteur, contre la richesse tangible, ce qui provoquerait immanquablement l’équivalent d’une banqueroute, dont seraient victimes les porteurs d’actifs papier.

Économie sociale et solidaire : décryptage d’un concept à la mode

Que penser de l’« Economie sociale et solidaire », un concept très à la mode depuis quelques années ? Décortiquons-le pour en comprendre les tenants et les aboutissants. D’abord, on peut s’étonner de la redondance : « sociale et solidaire », deux mots qui se renvoient l’un à l’autre. Dès le titre du concept, on rencontre une difficulté à le maîtriser.

Ses quatre principes sont : une gestion démocratique de l’entreprise, une utilité collective ou sociale du projet, la mixité des ressources, enfin la non-lucrativité individuelle. Examinons-les l’un après l’autre.

Gestion démocratique et autogestion : les leçons de l’échec yougoslave et algérien

La gestion démocratique de l’entreprise, on appelait cela, au temps de la guerre Froide, l’autogestion, une pratique que son échec a discréditée. Certains pays, assez rares il est vrai, l’ont mise en œuvre, comme l’éphémère Yougoslavie communiste, ou bien encore l’Algérie indépendante : deux pays bien vite ruinés par l’expérience. La gestion démocratique supposant une prise de décision collective selon le principe un homme – une voix, c’est la négation même du management, du manager, rendant inutiles les écoles de management, qui, par-delà les spécialités de chaque filière, enseignent d’abord et avant tout l’art de conduire des équipes et gouverner une entreprise. Au-delà des séductions idéologiques, l’expérience a montré que l’autogestion ne fonctionne pas.

Utilité collective ou sociale : une redondance conceptuelle problématique

L’utilité collective ou sociale du projet, c’est encore une redondance : l’économie se mettant au service du corps social, il est évident que toute activité, rentable ou non, de service public ou d’intérêt privé, a une utilité collective. Il appartient à l’encadrement politique de cette activité de lui donner également une utilité sociale.

Mixité des ressources et rentabilité : la contradiction économique de l’ESS

La mixité des ressources signifie que les entreprises de l’Economie sociale et solidaire doivent équilibrer leur budget par des fonds privés, mais aussi des fonds publics, en plus de leur propre production. Autrement dit, elles n’ont pas besoin d’être nécessairement rentables ; ce qui peut se comprendre dans certains secteurs stratégiques d’intérêt public, mais entre en contradiction avec la recherche du profit, qui est le moteur de toute activité économique. Or, la non-rentabilité doit être l’exception dans une société qui doit produire de la richesse, et non pas seulement la dépenser. Devant une organisation militante, le Tribunal pour les générations futures, un nom évoquant le Tribunal Bertrand Russel des années 60, s’efforçant de discréditer la politique américaine sous la guerre Froide, Adeline Lescanne, directrice de l’entreprise Nutriset, qui développe des solutions nutritionnelles contre la malnutrition, admet que « si l’on n’a pas d’argent, on ne peut pas se développer et aider les autres ».

Non-lucrativité individuelle : quand l’ESS ravive la nostalgie soviétique

Ceci fait écho au quatrième principe, celui la non-lucrativité individuelle. Là encore, l’expérience des régimes d’économie administrée, dite « socialiste », nous a montré qu’ils ne fonctionnent pas : l’absence de perspective lucrative encourage la passivité, le moindre effort, dans un univers non-concurrentiel qui stagne, exactement comme les économies reposant sur le travail servile ont stagné pendant des millénaires. De surcroît, quand Philippe Frémeaux, rédacteur en chef du magazine Alternatives économiques, dit que « l’Urss fonctionnait sans profit, mais il y avait en son sein une course à la puissance et au pouvoir, dans l’ESS il y a des Unions soviétiques en petit, des mini-URSS », il avoue la vérité du phénomène, une nostalgie commune à certains groupements actuels pour les régimes totalitaires.

10 % du PIB et 14 % de l’emploi : les chiffres trompeurs de l’ESS

De fait, on ne saurait se laisser tromper par les chiffres : que l’ESS emploie deux millions et demi de salariés, totalise 14% de l’emploi salarié privé et pèse 10% du PIB, n’est pas forcément une bonne nouvelle, dès lors que ce secteur est artificiellement entretenu. D’ailleurs, le fait que les deux chiffres, 14% de l’emploi mais 10% du PIB, laissent apparaître une distorsion, ouvre une voie vers la compréhension du phénomène quand bien même cette distorsion ne suffit pas en elle-même, car il est vrai, même si c’est de moins en moins vrai dans nos économies reposant sur la haute valeur ajoutée, qu’une activité puisse faire appel à une main-d’œuvre plus abondante que d’autres.

Encadrement légal et ateliers nationaux : l’ESS, un héritage de 1848 ?

L’activité économique, la vraie, celle dont les recettes dépassent les dépenses, doit assurément être encadrée par la loi, de façon à ne pas « laisser le renard entrer librement dans le poulailler », pour reprendre une heureuse expression du XIXe siècle, mais les principes affichés de l’Economie sociale et solidaire évoquent plutôt les ateliers nationaux de 1848, qui occupaient un peuple d’ouvriers privés d’emploi, faute de pouvoir leur offrir une activité véritable.

Comprendre la querelle entre Cambodge et Thaïlande

Comprendre la querelle entre Cambodge et Thaïlande

by Yves-Marie Debois Brunet

Pourquoi enseigner la politique en école de management ?

Toutes les écoles de management, par-delà les spécialités qui y sont étudiées –
marketing, gestion, ressources humaines, développement durable, santé ou autres – toutes
prévoient dans leur tronc commun des cours touchant les idées politiques, que ce soit leur
histoire ou leur science. Paradoxalement, pourrait-on dire, ce ne sont pas les instituts d’études
politiques
qui les dispensent : on y enseigne l’administration des hommes, mais pas leur
management.

Pourquoi, donc, l’enseigne-t-on dans nos écoles ? Pour mieux comprendre le monde, les
événements, les arrière-pensées, les toiles de fond. C’est le cas, ces jours-ci, de la querelle armée
qui oppose la Thaïlande au Cambodge à propos d’un territoire frontalier.

Quand l’histoire coloniale explique les tensions actuelles

Les journalistes, qui n’ont pas été formés dans nos écoles de management, se contentent de dire
que l’origine de cette querelle vient d’un tracé de frontière dessiné par la France quand elle s’est
installée en « Indochine », un ensemble de plusieurs royaumes aujourd’hui répartis en trois États :
Cambodge, Laos et Vietnam. Et de se contenter de rappeler le temps des colonies européennes,
aujourd’hui décrié en Europe même, ce qui permet de sous-entendre que, s’il y a un litige frontalier,
c’est à cause de la France.

Or, les choses sont plus compliquées que cela. D’abord, ce n’est pas seulement la France, mais aussi
la Grande-Bretagne, alors présente dans son vaste empire des Indes, qui ont imposé à la
Thaïlande (jadis le Siam) des frontières qu’elle aurait voulu plus étirées : à l’est, c’était la France,
mais à l’ouest, la Grande-Bretagne a rogné sur la péninsule de Malaisie, au profit de la future
Birmanie, mais que le Siam aurait voulu annexer pour lui tout seul.

La longue durée des conflits territoriaux

Et ceci nous fait comprendre un phénomène de science politique que beaucoup ignorent. La plupart
des commentateurs imaginent qu’un empirecolonial ou autre – ne peut être que le fruit d’une
conquête. On pense à Alexandre s’emparant de l’Empire perse, à César conquérant les Gaules, à
Gengis Khan l’Asie etc. Mais l’impérialisme peut être également le fruit d’un accord de protection à la
demande d’une puissance faible menacée par un voisin fort. On pense à Marseille, cité grecque
appelant Rome à son aide pour la sauver des Celto-Ligures ; à la Hongrie se jetant dans les bras des
Habsbourg pour échapper aux mâchoires de l’Empire ottoman ; au Tonkin réclamant la protection de la
France
contre les appétits de la Chine ; et ici, au Cambodge – mais aussi le Laos – qui appellent au
secours contre l’expansionnisme du Siam.

En vérité, sans l’intervention française, le destin du Cambodge était de se dissoudre dans le
royaume du Siam, pour une raison simple : leurs histoires, leurs cultures sont mélangées. La plus
ancienne est la cambodgienne : à l’origine, l’Empire khmer, depuis sa capitale Angkor, englobait le
Siam, un peu comme les Mèdes dominaient les Perses.

Ce n’est vraiment qu’au XIIe siècle que les tribus thaïs commencèrent à secouer la tutelle khmère,
avec l’apparition au siècle suivant du royaume de Sukhothaï. Puis, peu à peu, mais plus lentement que
dans le renversement du rapport des forces entre Mèdes et Perses, les Thaïs ont gagné en puissance,
au point de vassaliser les royaumes voisins, dont le Cambodge.

Ce sont l’Angleterre et la France qui, à partir du XIXe siècle, ont rendu leur liberté à ces pays, en
leur offrant leur protection. Ce qui impressionne ici, c’est qu’après soixante-dix ans d’indépendance de
ces protectorats, il semble que certains litiges territoriaux ne soient pas tous réglés : c’est une
illustration du fait que l’histoire, et aussi les mentalités, s’inscrivent sur une longue durée excédant
la durée de vie d’un seul homme, a fortiori la chronique aussi fébrile qu’éphémère d’un
commentateur de presse.