Du bon usage des fonds propres

Gestion des fonds publics et privés : ce que révèlent les affaires de l’audiovisuel et de l’Élysée

Certes, il est évident que la commission d’enquête parlementaire chargée de faire la lumière sur les malversations dans la gestion de l’audiovisuel public n’aboutira à aucune poursuite, pour des questions de rapport de forces, et l’on pourrait dire la même chose de la perquisition effectuée à l’Elysée même dans le cadre d’une enquête touchant l’organisation des cérémonies élyséennes ; mais c’est en tout cas l’occasion de clarifier les choses à propos de l’usage des fonds dans une entreprise.

Secteur public vs secteur privé : pourquoi les règles de gestion ne sont pas les mêmes

On observe une différence de taille entre le public et le privé, parce qu’un déficit, si grave puisse-t-il être, à France Télévisions, par exemple, aboutirait à un dépôt de bilan pur et simple dans le privé, alors qu’il s’en sort toujours dans le public, puisqu’il suffit de faire appel, soit à l’impôt, soit à l’emprunt, pour éponger les dettes.

Rémunération des dirigeants : ce qui est justifiable dans le privé ne l’est pas dans le public

Il en est tout autrement dans le privé, où l’entreprise est responsable de sa gestion. Ainsi peut-on dire que les salaires des dirigeants peuvent y être très élevés, du moment que l’entreprise est prospère. On peut estimer en effet que tel ou tel autre cadre est une pépite rare, que la concurrence est forte et par conséquent que son prix peut être élevé, en vertu du principe économique traditionnel disposant que « ce qui est rare est cher ». En revanche, qu’une entreprise relevant du secteur public invoque la concurrence pour justifier le salaire de ses animateurs et même refuser de le révéler ne tient pas selon les principes classiques de la gestion. D’ailleurs, si dans le privé l’entreprise se porte mal, la rémunération de ses managers devra s’en ressentir, sans quoi la situation ne fera que s’aggraver.

Armement, aéronautique, énergie : le cas des entreprises privées financées par l’État

Il existe bien sûr des situations intermédiaires, par exemple dans le secteur de l’armement ou de l’aéronautique. Matra ou Dassault sont des entreprises privées, mais qui vivent en grande partie grâce aux commandes que leur passe l’Etat, même si le principe de la concurrence doit fonctionner également dans ce domaine : on a vu l’armée française contrainte de se fournir en fusils allemands pour respecter cette règle imposée de l’extérieur à l’Etat français. Tout n’est plus alors qu’une question de politique stratégique : la France doit-elle réserver un statut particulier à tout ce qui touche ses intérêts vitaux ? Cela pourrait comprendre alors l’énergie, la logistique, la santé publique etc. Mais ce qui reste vrai, c’est qu’à partir du moment où tout ou partie des fonds proviennent de l’impôt ou de l’emprunt public – cet emprunt devenant une sorte d’impôt reporté dans le futur – le management doit se sentir responsable non plus seulement devant l’entreprise, mais devant la collectivité.

Crise de 2008 et sauvetage des banques : quand le contribuable paie la mauvaise gestion du privé

Il peut arriver cependant qu’une mauvaise gestion du secteur privé doive être réparée par l’Etat, donc les contribuables, par exemple à l’occasion de la crise financière de 2008. Moralement, beaucoup de banques auraient dû être laissées à leur sort : la faillite pure et simple ; mais pour le bien général, pouvait-on laisser se détruire des organismes chargés du crédit, du financement des entreprises particulières ? La décision des Etats de leur venir en aide a été sévèrement jugée, mais il faut bien reconnaître qu’il pouvait s’agir d’une mesure d’intérêt général.

Responsabilité des managers publics : entre principes de gestion et logique politicienne

Evidemment, cette thèse peut être fragilisée par le comportement ultérieur des banques, qui n’ont pas toujours retenu la leçon des subprimes. Quant à l’arrogance des managers du secteur public devant une commission d’enquête parlementaire agissant au nom des citoyens, elle devrait poser question. Mais alors, nous l’avons dit, nous entrons dans une autre dimension, qui est politicienne, et échappe aux principes généraux de la gestion.